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     L’ « émergence » du Brésil n’a été perçue que depuis les années 2000 par les observateurs des Etats développés occidentaux, mais les changements dont nous voyons l’aboutissement sont engagés depuis les années 1930. C’est alors que ce pays, essentiellement rural et exportateur de denrées tropicales, a amorcé sa mutation en nation urbanisée et industrialisée, et entrepris de dominer le territoire immense que les générations précédentes avaient conquis.

Le Brésil


     La superficie du Brésil est de 8515767 km², soit 15,5 fois celle de la France métropolitaine. Sa population au dernier recensement , en 2010, était de 191043661 habitants, soit près de 40% de celle de l'Union européenne à la même date. Il compte cinq régions, 26 Etats et un district fédéral (cf. carte 1), celui de la capitale, Brasilia, qui a remplacé Rio de Janeiro le 21 avril 1960 pour déplacer le centre de gravité politique du pays vers l'intérieur des terres (d'après Serge BOYER), affirmant ainsi le mouvement de conquête dès l'arrivée des Portugais en avril 1500 (cf. carte).


 
                                Source : Carto n°23 mai-juin 2014
Cette carte délimite les Etats et les régions brésiliennes et indique l'emplacement des capitales.

Source : Carto n°23 mai-juin 2014 d'après Manoel Mauricio de Albuquerque et Martine Droulers


Cette carte illustre la formation du territoire brésilien depuis le XVIème siècle. Nous pouvons observer les premières colonies portugaises en violet. Ceci montre comment le territoire a évolué et pourquoi les villes de Rio de Janeiro ou Sao Paulo sont les plus dominantes du pays. Nous pouvons alors en déduire qu'elles sont très anciennes et qu'elles dates de la découverte du pays.

Le début de son émergence

          Il n'allait pas de soi que le Brésil deviendrait le géant qu'il est de nos jours. S'il doit en grande partie cette immense extension à la pression des rivalités étrangères, celles-ci ont forcé le Portugal à prendre au sérieux une conquête engagée à contre cœur, puis à l'étendre et le consolider ; sans elle, le pays n'aurait peut être pas connu le même destin.
            Elle n'explique pourtant pas tout. C'est grâce à la coïncidence d'un dynamisme pionnier et d'une action politique, délibérée et continue, de la Couronne portugaise, puis de l'Etat brésilien à partir de l'indépendance, en 1822, qu'ont pu être réalisées l'extension et l'unification du territoire. Ce domaine continental a bien été conquis, construit et consolidé peu à peu.

Une grande puissance économique

      Grande puissance agricole et industrielle, le Brésil demeure le « pays des paradoxes ». Si la maîtrise de l'hyperinflation, qui a longtemps rongé le pays, a entraîné une augmentation du pouvoir d'achat des couches sociales les plus défavorisées, le pays reste confronté à de graves problèmes tels qu'une croissance modeste, un chômage élevé, de profondes inégalités sociales, de fortes disparités régionales ou encore le risque d'effondrement de certains secteurs industriels. Pourtant, le Brésil constitue à la fois la plus grande puissance et le plus important marché de l'Amérique latine, et son potentiel de développement reste considérable.

            Le potentiel du Brésil est considérable, il y a 31% des terres cultivées avec :
- 610 000 km² de terres arables, soit 7,1% du territoire
- 1 960 000 km² de pâturages, soit 23% du territoire
- 75 000 km² de cultures permanentes, soit 0,9% du territoire

(Source : Diplomatie n°8 avril-mai 2012)

Activités économiques

     L'agriculture emploie plus de 20 % des actifs. Le Brésil est le premier ou deuxième producteur mondial de café, d'agrumes, de sucre, de soja. L'élevage bovin est également développé. L'industrie bénéficie d'abondantes ressources minérales : fer surtout (ayant permis l'essor de la sidérurgie), bauxite, manganèse. L'industrie de transformation (automobile, électronique, chimie, électroménager) connaît un essor notable. Au niveau énergétique, le potentiel hydroélectrique est partiellement aménagé, l'exploitation pétrolière croît (gisements offshore notamment), et le Brésil développe la production de biocarburants.


Elevage bovin


Agriculture intensive, Brésil                            

     Les atouts ne manquent donc pas, et plusieurs handicaps ont été surmontés (hyperinflation, dette extérieure), mais la croissance est freinée par une structure agraire archaïque (beaucoup de grandes propriétés sous-exploitées et une masse de paysans sans terre), les irrégularités climatiques aussi, la trop rapide augmentation de population. Aux inégalités sociales se superposent des contrastes régionaux de développement, notamment entre le Nordeste, souvent misérable, et les villes du Sud-est, plus dynamiques.

Mines et industries

     Le secteur industriel brésilien est de loin le plus important d'Amérique latine. Il se concentre principalement dans l'État de São Paulo. Certaines industries lourdes ont été implantées dans d'autres États : ainsi, la pétrochimie dans le Bahia et le Rio Grande do Sul, l'exploitation minière dans le Pará ou encore la sidérurgie au Minas Gerais. 

Pôle pétrochimique de Bahia   
Source : MédiHal, archives ouvertes de Photographie scientifiques




Vaste mine de fer à ciel ouvert située à proximité de la région métropolitaine de Belo Horizonte, dans le Minas Gerais
Source : Archives de la FAO

     L'ouverture économique, consécutive à la libéralisation des échanges, a un double impact sur l'industrie brésilienne. La baisse exceptionnelle du coût des importations, associée à l'augmentation du pouvoir d'achat et au retour des crédits internationaux, favorise, depuis quelques années, l'essor des industries de biens de consommation durables (automobile, électronique, électroménager…). Toutefois, elle expose les industries traditionnelles, longtemps protégées par les gouvernements successifs, à la concurrence internationale, asiatique notamment. Les industries de biens de consommation non durables (textile, confection, chaussures…) semblent ainsi s'enliser dans la récession.
Source : Diplomatie n°8 avril-mai 2012

     La production de biens intermédiaires (sidérurgie, pétrochimie…) constitue toujours le secteur industriel le plus important. Le Brésil dispose, en effet, d'importantes ressources minérales. Outre le minerai de fer (environ un tiers des réserves mondiales), il possède le plus grand gisement de bauxite d'Amérique latine, d'origine surtout amazonienne (Carajás, Trombetas). Il extrait principalement du fer (1er rang mondial), du Minas Gerais, mais aussi, de plus en plus, de la région amazonienne de la serra dos Carajás, de l'étain (5e rang mondial), du manganèse (3e rang), de la bauxite (2e rang) et de l'or (13e rang). Le Brésil est aussi le sixième producteur mondial d'aluminium et le dixième producteur mondial d'acier. La sidérurgie brésilienne, très compétitive au niveau international, est bien répartie géographiquement selon les gisements miniers et les besoins du marché intérieur. Disposant d'importantes réserves et d'une technologie très moderne, elle fournit 3,5 % de la production mondiale.

Source : Departamento National da Produçao Mineral
     Outre du fer et des réserves minières strétégiques, le Brésil possède également du pétrole, principalement au large de Rio de Janeiro. En 2010, le géant latino-américain dispose de 14 milliards de barils de brut d’après le BP Statistical Review of Worlds Energy.


     Au niveau énergétique, le potentiel hydroélectrique est partiellement aménagé (la construction du barrage de Belo Monte, en Amazonie, est en cours), l'exploitation pétrolière croît (gisements offshore notamment), et le Brésil développe la production de biocarburants. Mais le Brésil reste pour autant le 2ème producteur mondial en hydroélectricité d’après le BP (British Petroleum).

La centrale hydroélectrique d'Itaipu est située sur le fleuve Paraná, entre le Brésil et le Paraguay, et a été construite par les deux pays entre 1975 et 1982. Elle est la deuxième centrale au monde en termes de puissance installée et première en termes de quantité cumulée d'énergie produite.

Agriculture et élevage

     L'industrialisation du Brésil s'est accompagnée d'un déclin de l'agriculture. La baisse des coûts d'équipement consécutive à la libéralisation de l'économie a favorisé l'essor de la mécanisation et une utilisation accrue des engrais chimiques et des semences sélectionnées. Ce secteur bénéficie, par ailleurs, d'une forte expansion des industries agroalimentaires, liée au développement du marché interne et du marché mondial.


Source : IBGE, Censo Agropecudrio

     Le Brésil est une grande puissance agricole, grâce à l'importance de l'agriculture d'exportation. Le café demeure la principale production commerciale (près du quart de la production mondiale). Il occupe le second rang en valeur des exportations, mais ne consiste plus exclusivement en arabica, depuis que les États amazoniens cultivent une nouvelle variété hybride de la rubiacée, dite « arabusta ». Les planteurs de cacao ont cherché à s'adapter aux données de la filière internationale en s'équipant d'usines de traitement et de coopératives. La plantation de canne à sucre a connu un regain d'intérêt depuis que le plan Proálcool a largement financé cette culture et les distilleries d'éthanol – un alcool substitué à l'essence comme carburant dont le Brésil est le deuxième producteur mondial. Le soja est développé pour le marché mondial. Le maïs, le coton, le manioc, le riz (premier producteur non asiatique), et les agrumes sont d'autres cultures notables.

Source : IBGE, PAM

     Toutefois, l'essentiel de la surface agricole utilisée au Brésil est encore très largement consacré au bétail : 1,8 million de km2 lui sont réservés, de manière assez extensive, soit plus de trois fois la surface vouée aux cultures. Des progrès décisifs ont été réalisés depuis l'adoption de fourrages et de prairies artificielles, qui permettent le développement de l'élevage bovin sur les terres peu fertiles de l'Amazonie. Le Brésil possède le deuxième cheptel bovin du monde et le troisième cheptel porcin. La balance agricole est fortement excédentaire, le Brésil étant l'un des principaux pays exportateurs de denrées alimentaires (tourteaux et huile de soja, viande bovine, volailles [premier exportateur mondial], café, jus d'orange, sucre). Le Brésil manque cependant de blé, dont il est le premier importateur mondial.

Un espace déséquilibré

Le Nordeste


       Le Nordeste, qui couvre plus de 1,5 million de km2 (18 % du territoire national), fut jadis la première région économique du Brésil. Cet ancien centre de l'économie coloniale, considéré comme la « région à problèmes » du Brésil, ne s'est jamais remis du déclin de la production sucrière. 
Centre historique de Salvador de Bahia, Brésil
Source : Archives de l'UNESCO

    C'est un espace où perdurent la grande propriété foncière et les plus fortes inégalités sociales. Vers l'intérieur des terres, le Sertão subit les effets pervers des sécheresses périodiques. Le Nordeste fut, dans les années 1960, le premier à bénéficier d'une politique volontariste de l'État, à travers la création d'une agence de développement régional, la SUDENE (Surintendance pour le développement du Nordeste). Mais le changement politique intervenu au Brésil peu de temps après a infléchi l'action des pouvoirs publics dans la région ; l'arrivée au pouvoir des militaires en 1964 a empêché la mise en place d'une véritable réforme agraire. Les avantages fiscaux destinés à l'industrialisation ont toutefois été maintenus et ont favorisé l'apparition d'enclaves industrielles, notamment dans les États de Bahia et de Pernambouc, qui dépendent, structurellement, des industries du Sudeste. Sur le plan agricole, la politique d'extension de la production de canne à sucre, prônée par le régime autoritaire en vue de la fabrication de l'alcool-carburant, a renforcé la concentration foncière. D'autres cultures (raisin, melon, tomate) ont progressé dans les périmètres irrigués développés à l'intérieur des terres. Si le visage de la région a changé, les tensions sociales subsistent, voire s'aggravent. L'ancien centre économique s'est modernisé, sans pour autant connaître un réel développement.

Modernisation du centre historique de Salvador de Bahia, Brésil

Le Sudeste





Favela Morumbi à Sao Paulo, Brésil
Source : site internet : google.com

     Les États du Sudeste (São Paulo, Rio de Janeiro et le sud du Minas Gerais) constituent aujourd'hui le nouveau centre économique du pays. Ils fournissent environ 60 % du produit intérieur brut et concentrent plus de la moitié des établissements industriels ainsi que les deux tiers des emplois. Le décollage économique de cette région est lié à l'essor, à la fin du xixe s., de la culture du café dans l'État de São Paulo, où vont se trouver réunies, après la crise de 1929, les conditions nécessaires à un démarrage industriel (accumulation de capital, réservoir de main-d'œuvre, marché interne embryonnaire). L'État de São Paulo (35,6 % du produit intérieur brut), première région industrielle et tertiaire, demeure encore le cœur agricole du pays. L'agriculture, moderne et active, y est organisée en grandes coopératives régionales. 

Plantation de cannes à sucres à Avare, Sao Paulo, Brésil

Source : wikipédia

      Toutefois, le Sudeste brésilien est hétérogène. Autour de ce centre économique se trouvent des espaces moins développés : l'État d'Espírito Santo, le nord de l'État de Rio de Janeiro et l'est du Minas Gerais. Éloignées des foyers dynamiques et dépourvues de ressources exploitables, ces régions sont restées en marge du décollage économique.


Le Sud


    Deuxième région économique du pays, le Sud est peuplé essentiellement de descendants d'immigrants européens (Allemands, Italiens, Polonais). Jouissant d'un climat subtropical, il apparaît comme « le Brésil le moins brésilien ». À la différence d'autres régions, il est resté à l'écart des différents cycles économiques fondés sur les grandes plantations et une main-d'œuvre servile. Les grandes étendues de savanes permettent un élevage extensif et une agriculture diversifiée (céréales, vignobles, soja…). 

                             Elevage en Amazonie

                             Source : visionbresil under environnement 


       Son important secteur industriel, son niveau de vie élevé, son agriculture mécanisée et organisée en complexes agro-industriels le rattachent aujourd'hui nettement au Sudeste. Son dynamisme économique se répercute aussi dans la conquête de l'Amazonie et de l'Ouest, où s'installent nombre de pionniers originaires du Sud.


Le Centre-ouest


                             Brasilia, capitale brésilienne
                            Source : dictionnaire larousse.fr

    Malgré la construction de Brasília, décidée dans le cadre d'une « marche vers l'Ouest » durant les années 1950, la région du Centre-Ouest reste mal consolidée et sous le contrôle direct du Sudeste, dans la mesure où les deux grandes mégapoles, Rio de Janeiro et São Paulo, partagent avec Brasília le pouvoir commercial, financier, politique et administratif. Ainsi, plus que la capitale elle-même, c'est le réseau routier reliant Brasília aux grandes villes du Sudeste et à l'Amazonie qui, indirectement, a favorisé le désenclavement et l'unification du pays.


L'Amazonie


                             L'Amazonie
                             Source : Tourdumonde.fr

     L'Amazonie est, pour sa part, partiellement conquise. 

                                      Déforestation de l'Amazonie

                                      Source : greenpeace.fr

     La première vague d'occupation date du début du xxe s. C'est à ce moment que se développe l'exploitation du caoutchouc le long du réseau hydrographique, unique moyen d'accès et principal axe de peuplement. 

Brésil. Récolte du caoutchouc dans la forêt amazonienne. Gravure du XIXe siècle.
Source : lemonde.fr

     Il faudra néanmoins attendre l'arrivée du régime militaire pour que s'affirme la volonté d'intégration de l'Amazonie au pays. En 1970, le gouvernement lance le P.I.N. (Plan d'intégration nationale) dont le fleuron est la construction de la route transamazonienne. 

                                             Route transamazonienne
                                             Source : wikipédia

       Un programme de colonisation publique, géré par l'I.N.C.R.A. (Institut national de colonisation et de réforme agraire), supervise ce projet. Des lots d'environ 100 ha sont distribués aux paysans sans terres, la plupart originaires du Nordeste. Pourtant, faute d'une infrastructure assurant la commercialisation des récoltes, la colonisation publique tourne à l'échec. Quant à la colonisation privée, davantage encadrée et bénéficiant d'incitations fiscales, elle connaît un sort différent. De grands domaines d'élevage extensif se développent dans le sud de la région amazonienne, hors de la forêt dense. La découverte d'immenses gisements de fer, de manganèse, de nickel et d'or entraîne un troisième front pionnier dans la partie orientale. Lancé en 1980 sous l'autorité du gouvernement fédéral, le Projet Grand Carajas regroupe des firmes nationales et internationales d'exploitation industrielle des minerais. Enfin, à l'ouest s'étend une troisième Amazonie, celle des grands espaces vides.
       L'intégration de l'Amazonie a cependant un coût, écologique d'abord (déforestation, destruction d'espèces animales et végétales…) mais surtout humain. Outre la grave question indienne, l'iniquité du système social qui s'y met en place est plus pesante encore : la grande propriété y prédomine, les travailleurs agricoles subissent des conditions proches de l'esclavage et les ressources minières sont accaparées par les grandes sociétés.

Un secteur tertiaire

            Les services connaissent, depuis quelques années, une rapide expansion dans le cadre de la nouvelle économie libérale, du fait de la pénétration, par de grandes chaînes internationales, des secteurs de l'hôtellerie, de la restauration rapide, de la grande distribution ou des parcs de loisirs. La croissance du secteur tertiaire compense en partie les pertes d'emplois dans l'industrie. De nombreux services publics ont été privatisés, notamment le secteur des transports et des télécommunications, que le manque chronique d'investissements, surtout en matière d'infrastructures, avait contraints à des coûts élevés et à un état de détérioration avancé.
       Le système bancaire a traversé, dernièrement, une période de crise, et de nombreuses banques, qui tiraient l'essentiel de leur profit de l'économie inflationniste, ont connu une situation de banqueroute (infraction) : plusieurs d'entre elles, dont les deux plus importantes du pays, la banque de l'État de São Paulo (Banespa) et celle de l'État de Rio de Janeiro (Banerje), ont dû être placées sous la tutelle de la Banque centrale.


Source : Diplomatie n°8 avril-mai 2012 publie ce graphique d'après Forbes

Le poids du secteur touristique dans l'économie reste mineur, en dépit des nombreux atouts du pays (le nombre de visiteurs atteignait 5 millions en 2011).

Petrobras, scandale et affaire de corruption

       La firme internationale de Petrobras est en tête du classsement des plus grandes entreprises du Brésil. Spécialisée, dans l'énergie, les hydrocarbures et le pétrole, elle a fait un chiffre d'affaire de plus de 120 milliards de dollars en 2000. Mais cette entreprise est impliquée dans une affaire de corruption concernant des dizaines de parlementaires...



           En pleine campagne électorale au Brésil, un ex-directeur de Petrobras, incarcéré pour blanchiment, a dénoncé à la police un vaste système de pots-de-vin versés par la compagnie pétrolière nationale à des dizaines de parlementaires. Selon des informations publiées par les principaux journaux brésiliens, l’ancien directeur du raffinage et de la distribution du géant étatique, Paulo Roberto Costa, a décrit un vaste système de corruption impliquant la compagnie et des élus, dans une confession explosive à la police fédérale.


Maria Das Gracas Silva Foster, 
présidente de Petrobras
          Il a mis en cause 49 députés, 12 sénateurs et un gouverneur appartenant à trois partis politiques de la majorité parlementaire, assure le quotidien d’opposition Folha de Sao Paulo. Il s’agirait du Parti des travailleurs (PT, gauche) de la présidente sortante Dilma Rousseff, du principal allié de sa coalition, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre droit) et du Parti progressiste (PP). Le quotidien Estado de Sao Paulo parle, lui, d’au moins 32 parlementaires et un gouverneur appartenant à cinq partis politiques, sans préciser lesquels. « Tous les jours il y avait un politicien qui frappait à ma porte », aurait-il confié. Les journaux brésiliens n’ont pas cité les noms des parlementaires mis en cause. Ce scandale a obligé à la présidente du géant pétrolier à démissionner. 

           Paulo Roberto Costa a expliqué aux policiers que les élus impliqués percevaient des commissions de 3% sur la valeur de contrats signés par Petrobras à l’époque où il était directeur du raffinage et de l’approvisionnement de la compagnie (2004-2012). Ces contrats étaient signés avec une myriade de sociétés créées à l’intérieur de Petrobras, dans pratiquement tous ses secteurs d’activité, dans le but de dissimuler ces malversations, aurait-il précisé.


Paulo Roberto Costa, ex-patron de Petrobras
Source : wikipédia


         Paulo Roberto Costa est inculpé dans le cadre de l’affaire « Lava Jato » ( « Lavage express ») qui avait permis à l’origine de démanteler un réseau de professionnels du blanchiment au carnet d’adresses fourni qui auraient lessivé 4,5 milliards de dollars. Au fil des investigations, les enquêteurs ont fini par frapper à la porte de Petrobras.


           En l’absence de confirmations officielles, de détails sur l’identité des élus ou partis dénoncés, il est difficile de prévoir les conséquences de ce scandale sur la campagne électorale en cours au Brésil pour les élections générales du 5 octobre : présidentielle, législatives, gouverneurs, sénatoriales partielles.
Ces révélations sont très mal tombées pour la présidente Dilma Rousseff, elles sont en faveur de sa rivale Marina Silva et Aecio Neves. Cet évènement fait parti des diffucultés de la campagne de Dilma Rousseff, qui a influencé de nombreux changements d'opinion envers elle.

5000 manifestants contre la corruptoin au Brésil et contre la politique du gouvernement de Dilma Rousseff (il s'agit là de la 5ème manifestation de ce genre)
Source : la Croix

Sao Paulo, un symbole de croissance économique

     La croissance des capitales des Etats fédérés, du premier recensement brésilien de 1872 jusqu'à celui de 2010, reflète celle du pays. Leur population a connu un accroissement continu depuis des décennies, mais sans changement de rythme (cf carte).



Source : Carto n°23 mai-juin 2014 d'après IBGE Rescencements 1872-2010

     Sur cette carte nous pouvons voir que certaines villes n'apparaissent que tardivement : Porto Velho, Boa Vista et Macapa ne deviennent capitales qu'à la création des territoires fédéraux en 1943 par exemple. Parmi les plus anciennes s'opposent celles qui avaient au départ une certaine avance et l'ont peu à peu perdue comme Salvador de Bahia, la première capitale (1559-1763), ou Rio de Janeiro et Recefie, et celles qui, partant du même niveau ou plus bas, ont connu une croissance beaucoup plus rapide. Parmi ces dernières, on retrouve Sao Paulo, qui ne comptait que 30 000 habitants en 1872 avant de devenir de nos jours la principale ville du pays, avec une agglomération de plus de 18 millions d'individus en 2010.
            Capitale du café, site des premières implantations industrielles, Sao Paulo est le cœur économique du pays, on premier centre industriel, commercial et tertiaire, et devient de plus en plus sa capitale culturelle et intellectuelle. A cette conquête des fonctions les plus importantes de production et de commandement correspond toutefois une croissance urbaine anarchique et dévoreuse d'espace. Couvrant une superficie de 2000 kilomètres carrés, la ville grandit encore, malgré un certain ralentissement ces dernières décennies.
            On peut distinguer des contrastes marqués entre les différentes parties de la cité. Le centre historique est en perte de vitesse au profit du sud-ouest, où se sont développés successivement un deuxième centre le long de l'avenue Paulista, un troisième autour des nouveaux shopping centers et des centres d'affaires de l'avenue Faria Lima. Puis un quatrième autour de l'avenue Berrini où les multinationales s'installent dans les immeubles "intelligents", câblés et contrôlés par ordinateur. Une nette division sociale apparaît ainsi entre une zone centrale dégradée, une autre au sud-ouest où sont concentrés les ménages à revenus élevés, des quartiers intermédiaires et une énorme périphérie pauvre. Selon les données du recensement de 2010, dans les quartiers les plus périphériques, moins d'un tiers des domiciles disposent de l'eau courante, moins de 10% sont reliés au réseau d'égouts, mais il s'agit malgré tout de formes urbaines plus stables que celles des favelas. Cette ville reflète donc le pays tout entier, car les inégalités et les contrastes sont présents partout.


Source : Carto n°23 mai-juin 2014 d'après les Cartes de l’Empresa Paulista de Planejamento Metropolitano 2008

     La croissance économique a entraîné un développement urbain anarchique, avec l'apparition d'habitations précaires en périphérie, mais aussi dans le centre principal. Toutes ne sont pas des favelas, ces bidonvilles apparus dès la fin du XIXème siècle sont pour la plupart en briques et sont reliés au réseau électrique (le plus souvent par dérivation clandestine) et ont l’eau potable, mais pas d’égouts. Sao Paulo loge plus de 4,5millions de personnes.