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    D'un coté, les stars qui arpentent les terrasses des hôtels de luxe près de la plage Copacabana ou les quartiers huppés "Leblon" à Rio de Janeiro, de l'autre les favelas dans lesquelles vivent les familles pauvres qui travaillent dur et vivent dans des conditions difficiles: voici deux images du Brésil moderne qui mettent en évidence un pays aux fortes inégalités. En juin 2014, la Coupe du Monde a creusé ces inégalités: la destruction des favelas à proximité des quartiers d'affaires pour construire des stades a provoqué l'expulsion des habitants. Un sentiment d'injustice a été la cause de nombreuses manifestations contre le gouvernement et les forces de l'ordre.  Faire face à la corruption des forces de l'ordre et aux cartels de drogues est le quotidien des familles pauvres.



Quels sens donnons-nous au terme d’inégalités et pourquoi occupent-elles le devant de la scène ?
  •     Les inégalités sociales désignent les traitements différents qui peuvent avantager une classe sociale, un groupe ou un individu par rapport à d'autres et qui établissent des hiérarchies sociales.

  •     Les inégalités territoriales sont définies comme des espaces appropriés, où des pouvoirs se manifestent comme des projets sociaux, de développement et d'environnement. C'est un espace dont la population est liée par un sentiment.

Au sein d'un même pays et d'une même ville on peut retrouver des inégalités sociales et territoriales: c'est le cas du Brésil.


Dilma Rousseff réélue de justesse: à quoi doit t-elle faire face pour réduire ces inégalités?

 

On voit le contraste entre les quartiers d'affaires et les favelas

Source : ENCYCLOPADIA BRITANNICA




La plage de Copacabana bordée d'hôtels chics, à Rio de Janeiro
Source : MACDUFF EVERTON / GETTY IMAGES




 

Trois sœurs brésiliennes vivant dans une favelas du Nordeste
Source : l'Express





Le carnaval de Rio a lieu tous les ans. Des milliers de danseurs s'y retrouvent
Source : AFP PHOTO / CHRISTOPHE SIMON



Une vue générale de "Morro da Providencia" cette favela de Rio de Janeiro
Source : VANDERLEI ALMEIDA/AFP/Getty Images





Le football, sport phare au Brésil. C'est l’ère de la prise de pouvoir de l’argent au sein de ce sport.

Ainsi la FIFA, est devenue la mascotte financière du sport et la Coupe du Monde de football est l’évènement planétaire par excellence après les Jeux Olympiques.

L'effet de la Coupe du Monde de football 2014

       Le calendrier de la Coupe du Monde 2014 au Brésil a été défini par la FIFA. Les matchs se sont joués à Belo Horizonte, Brasilia, Cuiaba, Curitiba, Fortaleza, Manaus, Natal, Porto Alegre, Recife, Rio De Janeiro, Salvador et Sao Paulo entre le 12 juin et le 13 juillet 2014. Sur le front de l'emploi, la Coupe du monde aurait créé 700 000 emplois en 2014 en attendant les Jeux Olympiques de 2016. Ces impacts sont cependant temporaires.

     Pour construire des stades, des parcs olympiques, leurs infrastructures et services, les mairies expulsent les habitants de chez eux. Prenons l'exemple de Vila Autodromo, à l'ouest de Rio, où se situent 3000 habitants qui vivent sous la menace d'une expulsion en vue des Jeux Olympiques de 2016. Cette favela est située près du parc olympique que la mairie va construire pour les JO de 2016 et une nouvelle voie rapide doit la traverser. Cependant les habitants ont décidé de résister aux délocalisations car ils ont tout bâti eux-mêmes. Mais depuis un certain temps et sous divers prétextes, de la pollution visuelle (les favelas qui ne sont pas modernes) jusqu'aux besoins des JO, les favelas vivent sous la menace d’être délogés.
       A Rio, plus de 22 000 personnes courent le risque d’être déplacées et 8 000 l'ont déjà été, selon le comité populaire de la Coupe du monde de football 2014 et des JO 2016. De nombreuses conséquences ont été causées comme le déplacement forcé de populations pauvres, l'occupation militaire de quartiers populaires, la construction d’aéroports, d'autoroutes et de stades de football ainsi que la mise sur pied d'un puissant appareil de sécurité censé protéger les secteurs les plus privilégiés de la société. La Coupe du Monde de football rime alors avec l'expulsion des plus  pauvres, dans un processus de sélection par le pouvoir d'achat, de recherche d'un nouveau public, élu en fonction de son mode de consommation. Pour les annonceurs publicitaires et les sponsors, c'était le rôle des stades construits ou rénovés que d’être occupés par les classes moyennes supérieures.
        Le gouvernement brésilien a alors dû affronter d'importantes manifestations.
Un projet d'augmentation des tarifs des transports publics a été à l'origine de contestations sociales, mais très vite d'autres sujets de mécontentements sont apparus, notamment le coût de la préparation de la Coupe du monde de football. Réunissant 1,5 millions de manifestants à travers le pays, cette explosion a surpris tout le monde et laissé stupéfait gouvernements, partis politiques, syndicats, milieux intellectuels, etc... tant au Brésil qu'a l'étranger, ou l'on estimait que le pays connaissait une période de stabilité politique et de prospérité économique et sociale.


 Le 30 octobre 2007, à l’annonce de Joseph Blatter, Président de la FIFA, le Brésil apprend qu’il organise la Coupe du Monde de football de 2014. Le pays se rend compte qu’il va devoir accueillir une horde de touristes comme jamais auparavant, plus encore que l’on n’en attend aux Jeux Olympiques de 2016

Source:  EA SPORTS Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014
 


 Des manifestations ont eu lieu dans l’ensemble du Brésil. Un mouvement social qui a eu des revendications très précises et qui s’insurge contre les dépenses réalisées pour l’accueil du mondial

Source : le Monde

 Neymar 23 ans, l'attaquant vedette du Brésil. C'est là dans le quartier défavorisé de Jardim Gloria de Praia Grande, sur le littoral de l'Etat de Sao Paulo, où la star de la Seleçao et du FC Barcelone a passé une bonne partie de son enfance. Il dominerait le classement des "footballeurs les mieux payés en 2015 " avec des revenus estimés à près de 82 millions d'euros
Source: Creative Commons via Flickr

Chantier du stade de Maracana à Rio de Janeiro, en février 2012
Source : LE MONITEUR.FR, publié le 29/03/12





 Ci-dessus, tout le monde ne joue pas sur le même terrain au Brésil lors de la Coupe du monde, et encore plus à Rio de Janeiro. Très loin du paradisiaque camp d'entrainement des Anglais en bordure d'océan, des milliers de Cariocas s'adonnent chaque jour à la pratique du football au cœur des favelas, dont certaines ont été pacifiées en vue du Mondial.
Loin des plages de sable fin de Copacabana, les habitants les plus pauvres de cette ville tentaculaire disputent, le plus souvent pieds nus, des matchs sur des terrains défoncés ou au beau milieu des ruelles.
Des militants de l'ONG Rio de Paz protestent contre le système de santé publique dans un quartier pauvre de Rio que les habitants ont commencé à pavoiser pour le Mondial
Source : leMonde.fr
   

Des centaines de policiers armés lourdement circulent dans les ruelles des favelas (mis en place par l'état pour un "apaisement" pour le Mondial), souvent depuis longtemps dominées par les trafiquants de drogue: certains habitants redoutent la présence des policiers corrompus, d'autres exultent de se voir enfin libérés du joug du crime organisé

Source : leMonde.fr





Cliquez pour regarder un petit film : La vérité sur la Coupe
du monde Brésil 2014. Il a été réalisé par des brésilien mais c'est sous titré en français. Cette vidéo raconte réellement ce qui se passe dans les famille.

(source: YouTube loic citation)

Des inégalités sociales

Un Brésil avec des inégalités du revenu


     L'injuste répartition des richesses nationales reste la faiblesse majeure du modèle brésilien avec un écart de richesse de 1 à 57contre 1 à 6 en France !
Le salaire moyen ne dépasse pas 700 dollars (1600€ en France). On estime qu'environ 17% de la population vit au dessous du seuil de la pauvreté. 26,9% de la population brésilienne vit dans des bidonvilles urbains : on les surnomme les « favelas ».



Au dessus voici une caricature représentant les différentes classes sociales au Brésil (dessin réalisé par Bill Day un célèbre dessinateur américain)


     Le taux d'alphabétisation (2008) est de 88,00% au Brésil. Les dépenses pour l'éducation du PIB (2009) sont de 5,6% et le taux de scolarisation pour les écoles primaires (2006) est de 95%.
Le niveau d'étude des plus pauvres est particulièrement bas : il est inférieur, par exemple, à celui observé en Inde, au Zimbabwe, en Tanzanie ou en Ouganda. La probabilité pour un brésilien d'avoir le même niveau d'éducation que ses parents est de 70% . L’accès à l'école est bien l'outil privilégié pour accroître la mobilité sociale et corriger l'inégalité des chances entre les classes sociales.

Au Brésil, 13% d'adultes sont totalement illettrés (2000). Des efforts ont cependant été réalisés dans ce domaine puisque en 10 ans le taux de non scolarisation est passé de 20% à 3% ! C'était d'ailleurs l'un des principaux axes de campagne de tous les candidats à la présidentielle.

        Des mesures ont été mises en place récemment au niveau fédéral pour améliorer la rémunération des enseignants ou aider les familles défavorisées à maintenir dans l'école des enfants de 6 à 15 ans, telles que la Bolsa Escola, qui consiste à proposer une aide financière aux familles les plus pauvres en échange d’une fréquentation assidue de l’école par leurs enfants.

Cependant il y a toujours un manque de politiques publiques dans les domaines de la santé et de la prévention de l'éducation, du logement, des transports et de la protection sociale.

Ci dessus on peut constater que le nombre d'école privées augmente fortement depuis 2002 au Brésil cependant le nombre d'écoles publiques évolue beaucoup moins vite. Il y a donc des progrès dans le domaine scolaire mais les pauvres ont toujours un accès réduit. 




Ici on peut voir une école qui se situe dans un milieu rural

Source : ministerio da Educação





Caricature où les forces de l'ordre ordonnent de faire la fête: image du carnaval de Rio de Janeiro et de faire du foot: image de la Coupe du Monde de football 
Source : blog Réflexions du Miroir



Un Brésil insécurisé

     Le nombre d'homicides au Brésil pour 100 000 habitants (2010) est de 21,00%. Dans certains quartiers de Rio de Janeiro la violence urbaine est très courante. Au Brésil un homicide a lieu toutes les 10 minutes. Surtout avec l'arrivée de gros événements tels que la coupe du monde de football, les Jeux Olympiques ou le carnaval de Rio : les encouragements au tourisme sexuel et l’exploitation de la prostitution infantile est fréquente.


De nombreux assassinats ont lieu pour s'approprier la terre. On peut voir ci dessus que un grand nombre d'assassinats a lieu dans le centre du Brésil et à l'Ouest.
Source : Carto



Un mur criblé de balles dans une favelas après l'intervention de la police

 Source : le Monde n°7754


Arrestation d' un trafiquant de drogue dans la favela de Rocinha, à Rio. La police brésilienne a annoncé avoir saisi environ une tonne de marijuana et détruit un laboratoire de fabrication de cocaïne, dans la plus grande favela de Riophoto
Source : l'Express du 26\03\09 

Les programmes sociaux

      Dilma Rousseff a été réélue en 2014 aux élections présidentielles avec 51% des voix. Sur le plan social, même si des efforts ont été réalisés pour réduire les inégalités sociales ces dernières années, un meilleur ciblage des programmes sociaux est nécessaires. Le Brésil est un pays où la distribution du revenu est extrêmement inégale en dépit de politiques sociales relativement développées : près de 40% des dépenses, soit environ 15% du produit intérieur brut.
      La réduction de la pauvreté est la priorité affichée par le Président Lula da Silva, arrivé au pouvoir en janvier 2003. Dilma aura donc pour défi de continuer cette lutte et d'intégrer de nouveaux programmes politiques en faveur des classes défavorisées.  L'expansion économique ne suffit pas pour assurer une baisse forte et spontanée du nombre des pauvres : des politiques sociales actives sont aussi nécessaires.
     La réforme fiscale, qui concerne essentiellement la redistribution des recettes entre administrations fédérales et infra nationales est essentielle pour promouvoir une meilleure répartition des richesses entre les différentes régions et augmenter le volet social des dépenses.
      Le programme de la Bolsa Familia est un des plus importants programmes de lutte contre la pauvreté au Brésil. Il a été mis en place par le président Lula en 2003. Il accorde une aide financière aux familles pauvres, c'est à dire à celles dont le revenu mensuel par tête ne dépasse pas 140 reals (47€). Ces familles sont majoritairement issues des régions rurales du Nord Est brésilien. Il varie de 70 à 182 reals par mois (de 23 à 61€) et est attribué au femmes au sein des familles, sous une double condition : la scolarisation des enfants et leur suivi médical. Les dépenses liées à ce programme représentent environ 0,4% du PIB et plus de 13 millions de familles en bénéficient.
      Malgré ces programmes, les inégalités sociales restent très importantes! Il est encore trop tôt pour juger quels effets auront ses programmes politiques et si ces réformes auront un impact favorable sur les inégalités. Mais les classes défavorisées ont fait confiance au Parti des Travailleurs.






Le programme est la figure de proue d’une politique volontariste de lutte contre la pauvreté.




En 2010, le programme couvrait 11 millions de familles brésiliennes. Dans certains États comme Alagoas (un État brésilien du littoral du Nordeste), plus de la moitié de la population dépend du système. Rio de Janeiro

Des inégalités territoriales

       On compte 201 millions d'habitants en 2014 au Brésil. Avec 18 millions d'habitants à Sao Paulo , 11 millions à Rio, 5 millions à Belo Horizonte et dans la capitale Brasilia se trouvent 3 millions d'habitants.
On peut constater 3 Brésil différents selon les régions :
  • un Brésil peuplé et développé 
  • un Brésil peuplé et sous développé
  • un Brésil vide, du moins en cours de peuplement (le Brésil pionnier).
Il y a des inégalités régionales entre villes et campagnes entre nord et sud .
La partie développée, le Brésil « utile » (état de Rio de Janeiro, surtout Sao Paulo, et états sud) qui s'oppose à un Brésil au faible IDH (Amazonie et Nordeste).
L'Amazonie pèse peu démographiquement, alors que le Nordeste est fortement peuplé.
Le Brésil est principalement peuplé sur les côtes littorales.



Ci-dessus, on distingue bien les trois Brésil: le riche, le pauvre et le pionnier. Ainsi que les flux migratoire reflétant les inégalités de développement du territoire.



Différenciations territoriales de l'agriculture brésilienne

Les bénéfices de la production sont bien meilleurs dans le Sud du Brésil et sur les cotes du littoral.




Le Brésil développé: Ipanema, un quartier riche, chic et branché de la zone Sud de Rio, bordé de nombreuses salles de sport et de musculation, de cliniques de chirurgie esthétique, et de salons de beauté


Le Brésil sous-développé: Catete, un quartier de la classe moyenne de la zone sud de Rio de Janeiro, situé entre Gloria, Laranjeiras et Flamengo.
C'est l'un des quartiers les plus anciens de Rio.




Le Brésil pionnier: l'Amazonie

Source : grandcanyon.free.fr et  fotopedia.com


Kaiapo Shamann, une des rares communautés indigènes  vivant dans l'Amazonie, aujourd'hui il en existe de moins en moins

Source : photo de Mitch Anderson




Dans la forêt Amazonienne, le climat est tropicalet humide. C'est un territoire du front pionnier agricole. Il y a une destruction de la forêt par le feu, afin d'y planter des cultures ou exploiter les ressources naturelles souterraine.
Source : photo de Ruellan pour Greenpeace


      L'histoire est responsable de cette opposition régionale. En 1964 c'est le temps de la dictature militaire : l'état contrôle le pays. Le Brésil est alors efficace dans la compétition mondiale mais il y a des inégalités internes. Le Brésil offre des prix intéressants aux investisseurs mondiaux, en payant faiblement les ouvriers ; les couches populaires. Le gouvernement des militaires porte ses avantages sur les couches moyennes et supérieures.
     En 1985 apparaît une nouvelle République. Entre 1970 et 1991 les inégalités de développement s'aggravent. Entre 1991 et 2000 il y a un phénomène d'inversion : le Nordeste à connu le plus fort développement lié à Lula et aux programmes sociaux.









En 1964 débute la dictature brésilienne menée par Castelo Branco. On voit aussi les chars et les policiers bien armés.
La police politique brésilienne réprime férocement  les manifestations étudiantes en 1964.

Source : http://www.carnetsport.com